« Ni bébé-papiers, ni papa-relais »: MERCI à la maman qui nous a envoyé ce texte!

Un bébé-papiers, vous savez ce que c’est ? Un petit être humain qui a été mis au monde pour qu’un homme – souvent africain – ait l’immense honneur d’avoir accès à la Terre Promise Européenne. Et qu’une femme – souvent une quarantenaire – ait l’immense honneur de se faire faire un gosse, alors que sa dégaine décrépie menaçait méchamment son désir viscéral d’enfanter.

Un papa-relais, il y 1 mois, je ne savais pas ce que c’était. C’est une épaule où s’appuyer avant de s’écrouler. Ou pleurer avant de se relever. Ce sont des mains qui massent, cuisinent, rangent, nettoient. C’est un papa qui permet de somnoler, de prendre l’air, de lire, d’écrire, de se brosser les dents. Un papa qui va endormir bébé pour laisser les tétons de maman cicatriser. Et c’est le meilleur jouet qui ait jamais été inventé.

Mon bébé n’est pas un bébé papier. Mais parce qu’on doit d’abord le prouver, son papa n’est pas un papa relais.

« Il ne faut pas faire de généralité car des profiteurs il y en a partout, avec ou sans papiers. »

F. en réponse à une personne ayant été déçue par son conjoint : « Je suis dans le groupe « Amoureux, vos papiers ! » et je suis vraiment désolée pour l’histoire que vous avez vécue.  Cependant, je tiens à préciser qu’une histoire n’est pas l’autre… J’ai vécu durant 7 ans  avec un homme qui avait les papiers  mais qui était malheureusement violent.  De plus il ne s’est jamais occupé de notre enfant.  Je suis depuis plus d’un an avec un homme qui n’a pas de titre de séjour ici en Belgique et c’est quelqu’un de merveilleux.  Il ne faut pas faire de généralité car des profiteurs il y en a partout, avec ou sans papiers.  Je tiens à rappeler que le travail du Mrax est vraiment plus que nécessaire pour des couples qui doivent affronter l’administration qui nous traite souvent de façon humiliante.  Se marier est un droit fondamental. Bonne continuation dans votre vie. »

« Ils nous font tourner en rond jusqu’au découragement »

Ce vendredi 19 janvier 2018 Omo, 29 ans, va tenter de résister à une deuxième tentative d’expulsion pour rester aupès de son compagnon. La Belgique, avec la complicité de Brussels Airlines, veut la renvoyer au Nigéria. Son histoire ressemble à celle de beaucoup d’autres couples en Belgique.

Alors qu’elle est en train de faire des démarches pour se marier avec son compagnon, citoyen belge, les autorités remettent un avis négatif dans son dossier. L’argument avancé tient en une seule phrase “ils ont dit : la communication est impossible entre vous deux ».

Pourtant dans leurs parcours, les témoignages des voisins et amis convergent pour décrire un couple soudé qui cherche simplement à vivre sans problème et qui tente à faire reconaître sa situation. Rien n’y fait, l’administration reste campée sur sa position « suspicion de mariage blanc ».

Mais comment fait-t-on pour évaluer une relation d’amour entre deux personnes ? Lors de leurs entretiens une question comme « quelle est la pointure de votre compagnon ? » leur a été posée, voilà le type d’indicateur proposé par les autorités….

Son compagnon témoigne : »Ce n’est pas vrai du tout, on parle anglais ensemble, c’est n’importe quoi, une femme qui nous a vu une fois et qui décrète qu’on est pas capable de communiquer, qu’est-ce que c’est ce système de fous, moi je vais mourir sans elle, je ne le supporterai pas. Est-ce que ces gens ont le droit de nous faire ça ? Est-ce qu’ils ont tous les droits ? ».

Abasourdi par cette conclusion qui n’a aucun sens, mal conseillé par son entourage, le couple ne dépose pas de recours contre cette décision. Après quelques semaines, la situation s’accélère et son compagnon décrit la scène suivante : «La police a débarqué chez nous, très tôt le matin, moi j’étais au travail, et ils l’ont emmenée au poste de police”.

Omo a été emmenée au centre 127 bis, où elle a été détenue 5 mois. A l’extérieur durant tout ce temps, son compagnon a continué à se battre pour tenter de faire avancer les choses, il s’est accroché à la moindre perspective de rebondir, a tenté de redéposer une nouvelle demande de mariage mais on lui a répondu “le dossier est clotûré, ça ne sert à rien de revenir ici”.

Après de longs mois d’enfermement et de bataille juridique, Omo a été informée qu’elle allait subir une deuixème tentative d »expulsion ce vendredi 19 janvier: “On m’a dit c’est fini ici pour toi mais tu peux retourner au Nigéria, te marier là-bas, je ne comprends pas ça leur sert à quoi de nous faire tourner en rond comme ça, ça sert qui ou quoi ? Nous on va perdre des années de notre vie….Et puis on est des êtres humains, on va se décourager, on va y perdre tout notre argent, je crois qu’on n’y arrivera pas… »

Elle nous a dit qu’elle ne peut pas retourner au Nigéria, elle ne connait plus personne là-bas, elle n’y a aucun réseau et sera confrontée à des personnes qui menacent sérieusement sa vie.

Elle a également dit qu’elle allait résister à cette tentative d’expulsion injuste et criminelle qui tente de la séparer d’un homme avec qui elle a construit sa vie.

Le vol d’expulsion était prévu ce vendredi 19 janvier, à Zaventem à 7h55, avec la collaboration de Brussels Airlines. Nous attendons des nouvelles d’Omo.

Stop à la suspicion systématique de mariage blanc, solidarité avec toutes et tous les détenu.e.s !

« Mon compagnon est en centre fermé depuis plus de 2 mois »

Témoignage reçu le 9 février 2016.

« 127 bis, OQT, interdiction de séjour, recours en extrême urgence, recours en annulation, recours en suspension, cohabitation légale, déclaration de mariage, contrat de vie commune, annexe 19 ter, article 7 CEDH, loi de 1980, adde, getting the voice, ciré, amoureuxvospapiers….autant de mots qui résonnent dans ma tête depuis plus deux de mois et qui sont entrés dans notre vie du jour au lendemain sans prévenir.

Mon compagnon est en centre fermé depuis plus de 2 mois suite à un contrôle à son travail. Plutôt que la situation en elle-même, je témoigne sur le ressenti et sur ce que doivent ressentir beaucoup de couples.

Il est actif, sportif, sociable…Il ne mange plus, ne dort plus, passe ces journées à la mosquée, va au sport de temps en temps. Être enfermé sans avoir rien fait est une situation très difficile. On ne sait jamais de quoi sera fait le lendemain. On appelle ça les phases. Un jour, ça va, le moral est là. Le jour suivant, ça ne va plus. Dans la journée même, il ya des phases. Il a trop de temps pour réfléchir.

Il faut tout le temps rassurer, soutenir, faire rire, faire changer les idées pour que le temps de notre conversation ou de nos message, il oublie sa situation. Quand je vais mal, c’est lui qui me rassure et me fait rire. Et là, je culpabilise. C’est le monde à l’envers.

Il dit que ceux qui ne sont pas passés par là ne peuvent pas comprendre. Je fais partie de ces gens mais pourtant sans me mettre à sa place, sa situation et son moral jouent sur le mien.

Je m’occupe des démarches administratives et des contacts avec l’avocat pour faire avancer les choses. Le tribunal rejette notre recours sous prétexte que notre relation n’est pas établie malgré 5 témoignages, quelques photos, 180 textos et ma présence au tribunal. L’avocate de l’OE a bien fait son plaidoyer et a réussi à faire croire que mon attestation de travail est possiblement falsifiée puisqu’elle n’est pas datée.  Notre avocat ne peut pas tirer des plans sur la comète, il avance aussi à tâtons mais mon compagnon n’a pas confiance en les avocats. Et dans ces cas là, je ne sais plus quoi dire ou quoi faire. Je sais que je ne laisserai jamais tomber mais je suis découragée.

Je suis son oreille attentive. Il me parle quand ça va bien et aussi quand ça va mal. J’encaisse et culpabilise d’être en liberté sans ne pouvoir rien faire.

Parfois, il déverse sa colère au téléphone. Je l’écoute patiemment mais j’ai envie de lui répondre puis me reprend. Et dans ces cas là, je culpabilise de lui en vouloir – je suis dehors et je peux faire ce qu’il veut alors qu’il est enfermé et tourne en rond.

Les moments où l’on se voit lors des visites sont précieux. Ce sont des purs moments de bonheur que l’on savoure pendant 1h. Ça reste gravé dans nos têtes pendant des jours. Il se souvient de ce que je portais à chaque visite, de ce que l’on s’est dit et pareil pour moi. On ne se lâche pas. On se prend dans les bras. On se réconforte. Ça nous redonne de l’énergie et la force de patienter.

Quand à la procédure, que faire? Faut-il faire la déclaration de mariage ou attendre? Faut-il changer d’avocat ou le garder? Il compte beaucoup sur mon avis. Je lui dis que je ne peux pas décider à sa place puisque ce n’est pas moi qui vit la situation difficile. Cela finit souvent sur une situation tendue. L’un ne comprend pas forcément l’autre.

J’essaie de me renseigner le plus possible en lisant beaucoup, en allant sur les sites. J’appelle l’Office des étrangers qui me dit de prendre un avocat. J’appelle le Conseil du contentieux des étrangers qui me dit que la date d’audience n’a pas encore été fixée.

On lui dit qu’il sera peut-être relâché du jour au lendemain sans raison. On s’accroche aux petites infos mais tout reste flou. L’incertitude fait mal. L’attente renforce cette incertitude.

On se dit que c’est une période de la vie. Que c’est un test pour notre couple. Qu’on ne sera que mieux après cela. Que nous sommes tous les deux en bonne santé Dieu merci. Que tout le monde traverse des phases difficiles. Que l’on en rigolera plus tard de nos crises de larmes au téléphone. Que cela sera des anecdotes pour nos enfants.

C’est très dur, surtout pour lui, mais on s’accroche et on garde espoir. Patience, patience….

Quoiqu’il en soit, c’est une personne très courageuse, qui n’en sortira que plus forte. Etre enfermé peut détruire mentalement une personne.

On s’accroche comme tout ceux qui vivent la même situation que nous et ceux vivent des situations similaires. IL S’ACCROCHE, RESISTE et ‘purge sa peine’ comme il dit. C’est con et triste mais la vie continue. C’est ce qui nous fait tenir ».

« Rien ni personne ne peut décider de l’avenir de deux personnes et certainement pas un gouvernement qui applique des mesures qui dégradent ». Marianne et Sada

Témoignage reçu suite à l’annonce de notre action Saint-Valentin.

« Bonjour, j’ai pu lire sur votre page votre action concernant les couples qui désirent se marier et qui doivent faire face à de grosses galères. Je voulais au travers de ce petit message dire à tout ces couples de ne jamais abandonner.

J’ai rencontré mon compagnon il y a trois ans, il était alors dans le centre fermé de Vottem, nous n’avions aucune certitude de notre avenir. Il a finalement été expulsé au Sénégal, j’ai donc décidé de le suivre, j’ai vécu là-bas trois mois et je suis ensuite rentrée en Belgique car je devais présenter mon mémoire de fin d’étude.

Il nous fallait dès lors trouver une solution. Nous nous sommes donc rejoints ici au Maroc où je travaille depuis un an. Actuellement nous réunissons tous les documents pour nous marier ici puisqu’en Belgique cela n’était pas possible.

Au mois d’août si dieu le veut nous serons mariés et donc je rentrerai en Belgique pour trouver un logement et un travail dans le secteur social.

Je dois bien avouer que parfois j’ai voulu me décourager mais si l’on s’aime et que nous sommes toujours là après trois ans c’est qu’il y de l’espoir car c’est l’espoir qu’il faut toujours garder. Il faut être déterminés et regarder vers l’avenir et si dieu le veut dans quelques mois nous pourrons regarder en arrière et visualiser tout ce chemin parcouru et enfin profiter d’une vie stable de notre petit appartement en Belgique.

Je connais beaucoup de femmes qui ont rejoint leurs compagnons dans leur pays d’origine pour se marier. Il faut se battre et rester toujours déterminés, rien ni personne ne peut décider de l’avenir de deux personnes et certainement pas un gouvernement qui applique des mesures qui dégradent et qui balayent l’avenir de tous ces couples ».